vendredi 15 mars 2013

L’édito de Erik Massin, Président de l'AFJA


Danger pour l’Europe

Un pays où l’économie va bien mais où la majorité des gens vont mal est-il dans une situation saine ? Telle est la question que les pays d’Europe vont devoir très vite se poser, à force d’empiler les politiques d’austérité. L’Allemagne, qui est donnée en exemple par tous les médias pour les autres pays d’Europe, est à ce titre intéressante.

Qu’en est-il ? Les 44% de la richesse nationale détenus en 1970 par les 10% d’Allemands les plus riches sont devenus 66% en 2011. Les impôts payés par la plus grosse part des Allemands (sur les salaires, la consommation, etc…) rapportent 80% des recettes fiscales nationales quand les impôts sur les bénéfices et les entreprises y concourent seulement à hauteur de 12%.

Près de 8 millions d’Allemands travaillent pour des bas salaires, 12 millions sont sous le seuil de pauvreté, 25% des gens qui travaillent ont un emploi précaire (temps partiel, stage, etc..), un emploi nouveau sur deux est à durée limitée. Bref, l’Agenda 2010 de Schröder a fortifié l’économie allemande et affaibli les Allemands. Doit-on étendre ce modèle à toute l’Europe ? Et au bénéfice de qui ?

En manque de vision et de projets, envisageant pour la première fois un budget à la baisse pour les 7 prochaines années, l’Europe voit resurgir partout de puissants ressentiments nationaux, au Portugal, en l’Espagne, en l’Italie, en Hongrie tandis que les forces du repli et de la xénophobie sont à l’œuvre partout. De quoi faire dire au luxembourgeois Jean-Claude Junker que la guerre au sein de l’UE n’est pas impensable.

Alors, pour éviter que les populismes radicaux ne tiennent demain la barre, il faut enfin une Europe qui mette sous le boisseau la concurrence sauvage entre ses Etats membres à coup de dumping social et fiscal, avec une vision et de nouvelles politiques communes et un budget à la hauteur, comme vient de le signifier le Parlement européen. Une Europe qui ne croit pas qu’une économie saine passe par la régression et la pauvreté pour le plus grand nombre. Sauf à éclater dans de grands désordres.

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